Réglementation
    7 juin 202612 min de lecture

    Devenir sous-traitant pour un autre OF : avantages et vigilance

    La sous-traitance est souvent la meilleure porte d'entrée pour démarrer un organisme de formation. Voici les vrais avantages et les pièges à éviter dans le contrat.


    En bref. Devenir sous-traitant pour un autre organisme est une porte d'entrée souvent négligée au démarrage : elle vous apporte des missions sans avoir à tout vendre vous-même. Ce n'est pas être un bouche-trou mal payé, mais une vraie stratégie de lancement. Restez toutefois vigilant sur le cadre juridique, le prix, le risque de dépendance et les clauses à négocier avant de vous engager.

    Quand on lance un organisme de formation, on imagine tout de suite la prospection, les devis, le site web, les réseaux sociaux. On se prépare à galérer pendant des mois pour décrocher ses premiers clients. Et c'est vrai que la vente, c'est ce qui prend le plus de temps et d'énergie au démarrage. Sauf qu'il existe une porte d'entrée que beaucoup de nouveaux formateurs ignorent ou regardent de haut : la sous-traitance pour un autre organisme.

    L'erreur courante, c'est de penser que sous-traiter, c'est être un sous-formateur, un bouche-trou mal payé qui fait le sale boulot pour les autres. La réalité est bien plus intéressante. La sous-traitance, bien cadrée, c'est un moyen de remplir son agenda dès le premier mois, de monter en compétence sur la partie pédagogique sans s'épuiser sur la partie commerciale, et de se construire une réputation. Encore faut-il signer le bon contrat et ne pas tomber dans les deux ou trois pièges classiques. On regarde tout ça ensemble.

    Pourquoi commencer en sous-traitance est une bonne idée

    Le premier avantage, et de loin le plus puissant, c'est que vous court-circuitez le cycle de vente. Quand vous prospectez en direct, il se passe souvent deux à trois mois entre le premier contact et la signature. En sous-traitance, le donneur d'ordre a déjà vendu la formation. Le client est déjà là, le calendrier est posé, le contenu est validé. Vous, vous arrivez pour faire ce que vous savez faire : former. Pas de relance commerciale, pas de négociation de tarif client, pas de devis à rallonge.

    Le deuxième avantage, c'est l'allègement administratif. C'est le donneur d'ordre qui porte la convention avec le client final, qui gère le financement, qui s'occupe des émargements côté client, des relations avec l'OPCO. Vous restez responsable de votre propre déclaration et de vos obligations, on y revient, mais vous n'avez pas à monter tout le dossier administratif d'une action de formation depuis zéro. Pour quelqu'un qui débute et qui n'a pas encore digéré toutes les obligations d'un OF, c'est un vrai soulagement.

    Le troisième avantage, c'est la montée en compétence. Vous travaillez aux côtés d'organismes qui ont déjà rodé leurs supports, leur ingénierie pédagogique, leurs process qualité. Vous voyez comment ils construisent un programme, comment ils gèrent l'évaluation, comment ils préparent un audit. C'est une formation accélérée au métier d'OF, payée, en conditions réelles. Quand vous lancerez vos propres formations en direct, vous partirez avec une longueur d'avance.

    Le cadre juridique : ce que vous devez absolument respecter

    C'est là que beaucoup se plantent. La sous-traitance en formation n'est pas une simple prestation de service comme une autre. Elle obéit à des règles précises, et les ignorer peut vous coûter cher.

    D'abord, vous devez avoir votre propre numéro de déclaration d'activité, le fameux NDA. On entend parfois qu'en sous-traitant on peut s'en passer parce qu'on intervient sous le couvert du donneur d'ordre. C'est faux. Dès lors que vous réalisez des actions de formation à titre onéreux, vous devez être déclaré. Si vous n'avez pas encore votre numéro, c'est la première chose à régler. Notre article sur le NDA en formation et comment l'obtenir détaille la marche à suivre.

    Ensuite, la sous-traitance doit être mentionnée dans la convention de formation qui lie le donneur d'ordre à son client. Le client final a le droit de savoir qu'une partie de la prestation est confiée à un tiers. Ce n'est pas qu'une formalité : en cas de financement public ou mutualisé, l'absence de mention de la sous-traitance peut entraîner un refus de prise en charge ou une demande de remboursement. Vérifiez que le donneur d'ordre joue le jeu sur ce point.

    Enfin, la sous-traitance a un impact sur votre Bilan Pédagogique et Financier. Le chiffre d'affaires que vous réalisez en tant que sous-traitant doit être déclaré dans votre BPF, dans la bonne case. Et symétriquement, le donneur d'ordre doit déclarer ce qu'il vous a versé. Une incohérence entre les deux déclarations, c'est exactement le genre de chose qui attire l'attention de l'administration. Tenez un suivi propre de vos prestations de sous-traitance dès le départ.

    La question du prix : à combien facturer ?

    Parlons cash. En sous-traitance, vous ne touchez pas le prix de vente affiché au client final. C'est normal, le donneur d'ordre a fait le travail commercial, il porte le risque, il gère l'administratif. La fourchette qu'on observe le plus souvent se situe entre 50 et 70 % du prix de vente pour le sous-traitant.

    Où vous situer dans cette fourchette ? Ça dépend de ce que vous apportez. Si vous arrivez avec votre propre support, votre expertise pointue, et que le donneur d'ordre se contente de vous mettre en relation, visez le haut, 65 à 70 %. Si à l'inverse il vous fournit tout, les supports, la méthode, le cadre, et que vous n'avez qu'à animer, le bas de la fourchette est plus juste. Ne bradez pas votre temps non plus : en dessous de 50 %, posez-vous la question de l'intérêt réel de la mission, surtout si on vous demande de la préparation en plus de l'animation.

    Un conseil : raisonnez en taux journalier net pour vous, pas en pourcentage abstrait. Calculez ce que la journée vous rapporte vraiment une fois la préparation incluse. Une mission à 60 % qui demande deux jours de prépa pour un jour d'animation peut être moins rentable qu'une mission à 50 % clé en main.

    Le retour d'expérience de Maxime

    Au lancement de mon activité, j'ai fait plus de la moitié de mon chiffre en sous-traitance, et je ne le regrette pas une seconde. Ça m'a permis de remplir mon agenda pendant que je construisais ma propre offre en direct, tranquillement. Le piège dans lequel je suis tombé au début, c'est d'avoir dit oui à tout, sans contrat écrit clair, juste sur un échange de mails. Le jour où un donneur d'ordre a annulé une session trois jours avant, je n'avais aucune base pour me faire indemniser. Depuis, je ne pose plus un pied dans une salle sans un contrat de sous-traitance signé qui couvre l'annulation et la propriété des supports.

    Le vrai risque : la dépendance

    Voici le piège le plus sournois, celui dont personne ne parle assez. La sous-traitance, c'est confortable. Trop confortable, parfois. Les missions arrivent, vous animez, vous facturez, et vous arrêtez peu à peu de prospecter en direct. Au bout d'un an, vous réalisez que 80 % de votre chiffre vient d'un seul donneur d'ordre.

    Le jour où ce donneur d'ordre change de stratégie, internalise ses formateurs, ou tout simplement met la clé sous la porte, votre activité s'effondre du jour au lendemain. Vous n'êtes pas un partenaire, vous êtes devenu un salarié déguisé sans la sécurité du salariat.

    La règle que je recommande : ne laissez jamais un seul donneur d'ordre dépasser 40 à 50 % de votre chiffre d'affaires. Au-delà, vous n'êtes plus indépendant, vous êtes captif. Gardez toujours un pied dans la vente directe, même quand la sous-traitance tourne bien. C'est inconfortable, ça demande de la discipline, mais c'est ce qui fait la différence entre une activité fragile et une activité solide. La sous-traitance est un excellent point de départ, un mauvais point d'arrivée si elle reste votre seule source de revenus.


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    Les clauses à négocier dans votre contrat

    Un contrat de sous-traitance qui tient la route protège les deux parties. Voici les points sur lesquels vous devez être vigilant avant de signer.

    La clause de non-sollicitation. Le donneur d'ordre voudra souvent vous interdire de démarcher directement ses clients. C'est légitime, il a fait l'effort commercial. Mais elle doit être raisonnable : limitée dans le temps, douze à vingt-quatre mois, et limitée aux clients sur lesquels vous êtes réellement intervenu. Refusez une clause qui vous interdirait de travailler avec tout son portefeuille, y compris des clients que vous n'avez jamais croisés.

    La propriété des supports. Qui possède les supports pédagogiques ? Si vous arrivez avec vos propres contenus, exigez qu'ils restent votre propriété et que le donneur d'ordre n'ait qu'un droit d'usage pour la mission. À l'inverse, si vous créez des supports spécifiquement pour lui, clarifiez par écrit qui en détient les droits. C'est une source de conflit fréquente, autant la régler avant.

    La clause d'annulation. C'est celle qu'on oublie et qu'on regrette. Que se passe-t-il si la session est annulée à la dernière minute ? Prévoyez un barème : par exemple, annulation à moins de sept jours, 50 % de la prestation due, à moins de quarante-huit heures, 100 %. Sans cette clause, une annulation tardive vous laisse les mains vides après avoir bloqué la date et préparé l'intervention.

    La responsabilité Qualiopi : qui répond de quoi ?

    Sujet important et souvent mal compris. Quand vous intervenez en sous-traitance pour un OF certifié Qualiopi, c'est le donneur d'ordre, titulaire de la certification, qui reste responsable de la conformité au Référentiel National Qualité vis-à-vis de son client et de l'auditeur.

    Mais attention, cela ne vous dédouane pas. Le donneur d'ordre certifié doit pouvoir prouver qu'il maîtrise ses sous-traitants. Concrètement, il va vous demander des éléments : votre CV, vos preuves de qualification et d'expérience, le respect de ses process d'évaluation, les retours stagiaires. Vous devez donc être irréprochable sur la traçabilité de votre intervention, car vos preuves alimentent directement son audit. Si vous travaillez salement, c'est sa certification qui trinque, et vous ne serez pas rappelé.

    Et si vous êtes vous-même certifié Qualiopi, ou en passe de l'être, sachez que la sous-traitance est un indicateur spécifique du référentiel. Vous devez démontrer comment vous sélectionnez et suivez vos propres sous-traitants. Pour avoir une vision claire de l'ensemble, regardez notre guide pour préparer un audit Qualiopi sans stress.

    À retenir

    • Vous avez besoin de votre propre numéro de déclaration d'activité pour sous-traiter, même en intervenant sous le couvert du donneur d'ordre.
    • Exigez que la sous-traitance soit mentionnée dans la convention entre le donneur d'ordre et son client, sous peine de refus de prise en charge.
    • Négociez entre 50 et 70 % du prix de vente selon ce que vous apportez, et raisonnez en taux journalier net une fois la préparation incluse.
    • Déclarez vos prestations de sous-traitance dans votre BPF pour éviter toute incohérence avec la déclaration du donneur d'ordre.

    FAQ

    Faut-il être certifié Qualiopi pour sous-traiter pour un autre OF ?

    Non, vous n'avez pas besoin d'être certifié pour intervenir en tant que sous-traitant. C'est le donneur d'ordre certifié qui porte la responsabilité de la conformité vis-à-vis du financeur. En revanche, vous devez avoir votre numéro de déclaration d'activité et fournir au donneur d'ordre toutes les preuves qu'il vous réclame pour son propre audit.

    La sous-traitance compte-t-elle dans mon chiffre d'affaires de formation ?

    Oui. Le montant que vous facturez au donneur d'ordre est bien du chiffre d'affaires de formation et doit figurer dans votre Bilan Pédagogique et Financier, dans la rubrique dédiée à la sous-traitance. Veillez à la cohérence avec ce que le donneur d'ordre déclare de son côté, car les écarts sont surveillés.

    Quel pourcentage du prix de vente puis-je espérer toucher ?

    La fourchette habituelle se situe entre 50 et 70 % du prix de vente client. Vous tendez vers le haut quand vous apportez votre propre expertise et vos supports, vers le bas quand le donneur d'ordre fournit tout le cadre pédagogique. Raisonnez toujours en taux journalier net, préparation incluse, pour juger de la rentabilité réelle.

    En résumé

    La sous-traitance est probablement la meilleure façon de démarrer un organisme de formation. Vous remplissez votre agenda sans subir le cycle de vente, vous montez en compétence au contact d'OF rodés, et vous limitez la charge administrative. C'est un tremplin redoutablement efficace pour les premiers mois.

    Trois points de vigilance à garder en tête. Le cadre juridique d'abord : votre NDA, la mention dans la convention, votre déclaration BPF. La dépendance ensuite : ne laissez jamais un donneur d'ordre dépasser 40 à 50 % de votre chiffre, et gardez un pied dans la vente directe. Le contrat enfin : non-sollicitation raisonnable, propriété des supports clarifiée, clause d'annulation chiffrée. Pour ne rien oublier sur le plan administratif, parcourez aussi notre liste des documents obligatoires d'un organisme de formation.

    Et avec Formiva ?

    Gérer ses prestations de sous-traitance proprement, tracer ses interventions, garder ses preuves prêtes pour l'audit du donneur d'ordre et pour le sien, c'est exactement ce qui devient pénible quand on jongle entre plusieurs missions. Formiva centralise vos documents, vos preuves et votre suivi qualité au même endroit, que vous interveniez en direct ou en sous-traitance.

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    Sources officielles

    À lire aussi

    Photo de couverture : Md Ishak Rahman sur Unsplash.

    Maxime Pelerin, fondateur de Formiva

    Écrit par

    Maxime Pelerin

    Fondateur de Formiva. J'aide les organismes de formation à gérer Qualiopi, le suivi des stagiaires et l'administratif sans y passer leurs nuits.

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