Pédagogie
    27 juin 20269 min de lecture

    Comment élaborer un programme de formation efficace : la méthode

    La méthode concrète pour construire un programme de formation qui tient la route, du recueil des besoins à l'évaluation, et qui coche les cases Qualiopi sans vous compliquer la vie.


    La plupart des programmes de formation que je vois passer commencent par le contenu. On liste ce qu'on a envie de raconter, on découpe ça en demi-journées, on appelle ça un programme et on le colle sur le site. Le problème, c'est que personne n'a jamais répondu à la seule question qui compte vraiment : qu'est-ce que le stagiaire sait faire à la fin qu'il ne savait pas faire au début ? Tant que vous n'avez pas répondu à ça, vous n'avez pas un programme, vous avez un sommaire.

    Et un programme bâti à l'envers, ça se voit. À l'audit Qualiopi, à l'évaluation à chaud, et surtout dans les résultats. Un programme efficace, ce n'est pas un programme bavard, c'est un programme qui part de la cible et qui remonte le fil jusqu'au contenu. Voici la méthode que j'utilise, étape par étape, pour construire un programme qui forme vraiment et qui passe les contrôles sans transpirer.

    Partez des besoins, pas de votre expertise

    L'erreur la plus fréquente, c'est de confondre ce que vous savez faire avec ce dont le public a besoin. Vous êtes expert sur un sujet, donc vous voulez tout transmettre. Sauf que former, ce n'est pas tout dire, c'est faire progresser quelqu'un sur un point précis.

    Avant d'écrire la première ligne, posez-vous trois questions. À qui je m'adresse vraiment ? Quel est leur niveau de départ ? Et quel problème concret ils veulent résoudre en sortant ? Si vous formez des managers à la conduite d'entretien annuel, le besoin n'est pas « connaître la théorie de l'entretien », c'est « savoir mener un entretien difficile sans le saboter ». Ce n'est pas la même formation.

    Le recueil des besoins peut être léger ou poussé selon le contexte. Pour de l'intra sur mesure, vous interrogez le commanditaire, vous comprenez le contexte de l'entreprise, parfois vous faites passer un questionnaire aux participants. Pour de l'inter, vous vous appuyez sur les retours des sessions précédentes et sur les attentes typiques du métier visé. Dans tous les cas, gardez une trace écrite de cette analyse. C'est la base de tout le reste, et c'est aussi ce qui rend votre programme défendable.

    Formulez des objectifs pédagogiques qui veulent dire quelque chose

    C'est l'étape que tout le monde bâcle, et c'est pourtant le cœur du réacteur. Un objectif pédagogique décrit ce que le stagiaire sera capable de faire à l'issue de la formation. Pas ce que vous allez aborder. La nuance change tout.

    Comparez. « Sensibiliser aux enjeux de la cybersécurité » : c'est flou, ce n'est pas mesurable, ça ne dit rien de ce que la personne saura faire. « Identifier une tentative de phishing et appliquer la procédure de signalement » : là on a un objectif. Il commence par un verbe d'action, il est observable, on peut vérifier s'il est atteint ou non.

    Retenez la règle du verbe d'action. Identifier, rédiger, calculer, paramétrer, analyser, construire. Bannissez « connaître », « comprendre », « savoir », « être sensibilisé », parce que vous ne pouvez pas les mesurer. Un bon programme a deux niveaux : un objectif général qui dit où on va, et trois à six objectifs opérationnels qui le déclinent en compétences concrètes. Ces objectifs opérationnels deviennent ensuite votre colonne vertébrale. Chaque séquence sert un objectif, chaque évaluation vérifie un objectif. Si une partie de votre contenu ne sert aucun objectif, supprimez-la, c'est du remplissage.

    Séquencez en partant de la fin

    Une fois les objectifs posés, le séquençage devient presque mécanique. Vous prenez vos objectifs opérationnels et vous les ordonnez dans une progression logique : du simple au complexe, du général au particulier, ou en suivant l'ordre chronologique d'un processus métier.

    Pour chaque séquence, vous précisez trois choses : l'objectif visé, le contenu mobilisé, et la durée réaliste. C'est sur la durée que les gens se plantent le plus. On surestime toujours ce qu'on peut faire passer en une heure. Prévoyez du temps pour la pratique, pour les questions, pour les pauses. Une journée de formation, ce n'est pas sept heures de contenu, c'est cinq heures de contenu utile bien digérées.

    Pensez aussi à l'alternance. Un bloc théorique de trois heures, personne ne suit. Alternez apport, exercice, mise en situation, retour collectif. Le rythme fait autant que le fond. Et gardez à l'esprit qu'une séquence bien conçue se termine toujours par un moment où le stagiaire fait quelque chose, pas juste écoute.

    Le retour d'expérience de Maxime

    Quand j'ai commencé à concevoir des formations, je remplissais mes journées à ras bord. Je voulais en donner pour leur argent, alors je bourrais le programme. Résultat, les stagiaires sortaient saturés et n'avaient rien retenu de concret. Le jour où j'ai accepté de couper la moitié du contenu pour doubler le temps de pratique, mes évaluations à chaud ont changé de visage. Aujourd'hui je conçois toujours mes programmes en me demandant ce que je suis prêt à sacrifier, pas ce que je peux ajouter.

    Choisissez les modalités en fonction des objectifs

    Les modalités, ce n'est pas une question de mode. Vous ne choisissez pas le distanciel parce que c'est tendance ou le présentiel parce que vous y êtes habitué. Vous choisissez en fonction de ce que l'objectif demande.

    Un objectif qui repose sur de la manipulation, du geste, de la dynamique de groupe : le présentiel apporte beaucoup. Un objectif d'acquisition de connaissances qu'on peut faire à son rythme : le distanciel asynchrone fait très bien le travail et respecte le temps de chacun. Souvent, le plus efficace est de combiner les deux, en réservant le présentiel aux moments où la présence humaine est irremplaçable. Si vous hésitez sur ce point, j'ai détaillé les arbitrages dans cet article sur présentiel, distanciel ou hybride.

    Le piège, c'est de plaquer une modalité sur tout le programme par défaut. Reprenez vos séquences une par une et demandez-vous : pour ce moment précis, quelle modalité sert le mieux l'apprentissage ? Vous obtiendrez sûrement un mélange, et c'est très bien comme ça.

    Construisez l'évaluation dès le départ

    L'évaluation n'est pas la cerise sur le gâteau qu'on ajoute à la fin. Elle se conçoit en même temps que les objectifs, parce qu'elle en découle directement. Pour chaque objectif opérationnel, vous devez pouvoir répondre à : comment je vérifie qu'il est atteint ?

    Distinguez trois moments. L'évaluation des acquis en amont ou en début de formation, pour situer le niveau de départ. L'évaluation en cours, formative, qui permet d'ajuster et de vérifier que ça passe. Et l'évaluation finale, qui mesure l'atteinte des objectifs. Un QCM, une mise en situation, une production à réaliser, une grille d'observation : la forme dépend de l'objectif. Un objectif « rédiger » s'évalue par une rédaction, pas par un QCM.

    N'oubliez pas l'évaluation de la satisfaction, à chaud puis à froid. Elle ne mesure pas les acquis mais la qualité perçue, et elle nourrit l'amélioration continue de votre programme. Une formation qui ne s'évalue pas est une formation qui ne progresse jamais.

    Le lien avec Qualiopi : un programme bien fait coche les cases tout seul

    Bonne nouvelle : si vous suivez cette méthode, vous remplissez déjà l'essentiel des attendus Qualiopi sans effort supplémentaire. Le référentiel ne demande pas de la paperasse pour la paperasse, il demande de la cohérence, et la cohérence c'est exactement ce que produit une conception sérieuse.

    L'analyse des besoins répond au premier indicateur sur la définition des objectifs au regard des besoins. Les objectifs opérationnels formulés en verbes d'action répondent aux indicateurs sur les objectifs et les contenus. Le séquençage et les modalités documentent l'adaptation des prestations. Les modalités d'évaluation cochent l'indicateur sur l'évaluation des acquis. Et l'évaluation à froid alimente l'amélioration continue.

    Autrement dit, un programme conçu proprement est un programme auditable. Le travail de préparation d'audit consiste alors surtout à rassembler les preuves que vous produisez déjà, pas à inventer après coup. Si l'échéance approche, ce guide pour préparer votre audit Qualiopi sans stress vous montre comment organiser tout ça, et celui sur les documents obligatoires d'un organisme de formation liste ce que l'auditeur attend précisément.

    FAQ

    Combien d'objectifs pédagogiques faut-il par formation ? Comptez un objectif général et trois à six objectifs opérationnels pour une formation d'une à trois journées. Au-delà, vous diluez et vous n'aurez pas le temps de tous les travailler sérieusement. Si vous en avez douze, c'est probablement que vous mélangez deux formations distinctes.

    Faut-il un programme différent pour l'inter et l'intra ? La structure reste la même, mais le recueil des besoins change. En intra, vous partez du contexte précis du commanditaire et vous adaptez objectifs et exemples à son métier. En inter, vous visez un besoin typique et vous gardez de la souplesse pour ajuster en début de session selon les profils présents.

    À quel moment figer le programme ? Figez les objectifs et la structure avant de commercialiser, parce que c'est ce que le client achète et ce que l'audit contrôle. En revanche, gardez les exemples, les exercices et le rythme ajustables d'une session à l'autre. Un bon programme est stable sur le fond et vivant dans son animation.

    En résumé

    Un programme de formation efficace ne se construit pas dans l'ordre où on le lit. Vous partez des besoins réels du public, vous en tirez des objectifs opérationnels formulés en verbes d'action, et tout le reste en découle : le séquençage sert les objectifs, les modalités servent l'apprentissage, l'évaluation vérifie l'atteinte des objectifs. Cette logique de bout en bout est ce qui distingue un vrai programme d'un simple sommaire. Et cerise sur le gâteau, elle vous met en conformité Qualiopi presque automatiquement, parce qu'un programme cohérent est par nature un programme auditable.

    Et avec Formiva ?

    Formiva vous aide à structurer vos programmes proprement, à relier objectifs, séquences et évaluations, et à garder toutes vos preuves au même endroit pour l'audit comme pour le quotidien. Vous concevez, vous animez, vous évaluez, et vos documents se construisent au fil de l'eau au lieu de s'empiler la veille du contrôle. Pour aller plus loin, découvrez la plateforme de gestion Formiva. Créez votre compte gratuitement.

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