Le Projet de Transition Professionnelle (PTP, ex-CIF) : le dispositif côté organisme de formation
Le PTP (ex-CIF) finance à un salarié une formation certifiante pour changer de métier, sur son temps de travail. Voici comment fonctionne le dispositif côté organisme de formation : certification RNCP éligible, positionnement préalable, montage du dossier avec Transitions Pro et rôle exact de l'OF.
Le PTP, c'est quoi (et pourquoi ça vous concerne)
Vous avez sûrement reçu ce type d'appel : un salarié veut se reconvertir, il a repéré votre formation, mais il vous demande « est-ce que c'est finançable pendant que je travaille ? ». Neuf fois sur dix, la bonne réponse s'appelle Projet de Transition Professionnelle.
Le PTP est le dispositif qui a pris la suite du Congé Individuel de Formation (CIF) depuis la loi « Avenir professionnel » de 2018. Il autorise un salarié à s'absenter de son poste pour suivre une formation certifiante, dans l'objectif de changer de métier ou de profession. Pendant l'absence, son contrat de travail est suspendu mais maintenu, et sa rémunération est prise en charge.
Pour un organisme de formation, c'est un canal de financement distinct des autres :
- Ce n'est pas de l'entreprise vers l'OPCO (plan de développement des compétences).
- Ce n'est pas du CPF « autonome » mobilisé seul par l'apprenant.
- C'est un dossier instruit et financé par une association Transitions Pro régionale, sur des parcours souvent longs et coûteux que peu d'autres dispositifs couvrent.
Autrement dit : le PTP vous ouvre un marché de reconversions ambitieuses, à condition de parler le bon langage administratif. C'est tout l'objet de cet article.
Qui finance : les associations Transitions Pro (ATpro)
Le financeur du PTP, ce sont les commissions paritaires interprofessionnelles régionales (CPIR), plus connues sous le nom d'associations Transitions Pro (ou ATpro). Il y en a une par région. Ce sont elles qui :
- reçoivent la demande de prise en charge du salarié,
- évaluent la cohérence et le sérieux du projet de reconversion,
- décident du financement (coût pédagogique + rémunération),
- versent les fonds.
Depuis 2020, le réseau Transitions Pro revendique avoir financé ou facilité plus de 160 000 projets de reconversion professionnelle. C'est un vrai volume, et vos formations certifiantes peuvent y prendre leur part.
Point important pour votre trésorerie : le coût pédagogique est en général réglé directement à l'organisme de formation par l'association Transitions Pro, selon les modalités et barèmes fixés régionalement. Vous n'êtes donc pas exposé au risque d'impayé du stagiaire, mais vous êtes soumis au calendrier et aux règles de l'ATpro, comme pour tout financeur public. La logique est la même que pour la subrogation avec un OPCO : c'est le financeur qui paie, pas l'apprenant.
Les conditions côté salarié (ce que vous devez vérifier en amont)
Vous n'avez pas à instruire l'éligibilité vous-même (c'est le travail de l'ATpro), mais vous avez tout intérêt à la pré-qualifier avant de faire rêver un prospect. Les conditions d'ancienneté fixées par le Code du travail sont les suivantes.
Pour un salarié en CDI :
- 24 mois d'activité salariée (consécutifs ou non),
- dont 12 mois dans l'entreprise actuelle.
Pour un salarié en CDD :
- 24 mois d'activité salariée (consécutifs ou non) au cours des 5 dernières années,
- dont 4 mois en CDD au cours des 12 derniers mois.
Certaines situations dispensent de ces conditions d'ancienneté (personnes reconnues travailleurs handicapés, salariés licenciés pour motif économique ou inaptitude n'ayant pas suivi de formation entre leur licenciement et leur réembauche, notamment). En cas de doute, renvoyez toujours vers l'association Transitions Pro de la région : c'est elle qui tranche.
La certification éligible : le point qui bloque le plus souvent
C'est le critère qui disqualifie le plus de formations, alors soyez carré dessus. Le PTP finance une formation certifiante. Concrètement, cela veut dire que votre parcours doit préparer à une certification enregistrée dans les répertoires nationaux, la voie la plus large et la plus adaptée à une reconversion étant une certification professionnelle enregistrée au RNCP (Répertoire National des Certifications Professionnelles).
Trois cas de figure pour votre organisme :
- Vous êtes vous-même certificateur d'une certification RNCP : parfait, vous êtes directement dans le jeu.
- Vous êtes habilité par un certificateur à préparer et/ou faire passer sa certification RNCP : c'est le cas le plus fréquent. Vérifiez que votre habilitation figure bien dans la fiche de la certification.
- Votre formation ne mène à aucune certification enregistrée : en l'état, elle n'est pas finançable en PTP. La solution est de vous adosser à un certificateur ou de faire enregistrer votre propre certification.
Si vous n'êtes pas au clair sur la différence entre les répertoires, deux lectures utiles : notre guide sur le RNCP et celui sur le Répertoire Spécifique (RS). Retenez surtout ceci : pour un PTP, on vise une reconversion, donc une certification qui atteste un vrai métier — le RNCP est la porte d'entrée naturelle.
Le positionnement préalable : votre part du travail
C'est l'étape que beaucoup d'organismes découvrent au moment de monter leur premier dossier. Avant l'entrée en formation, l'organisme réalise un positionnement préalable du candidat. Objectif : évaluer ses acquis, adapter la durée et le contenu du parcours à sa situation réelle, et éviter de lui faire financer des modules qu'il maîtrise déjà.
Ce positionnement se traduit par un devis et un programme individualisés, qui accompagneront la demande de prise en charge auprès de Transitions Pro. Concrètement, préparez :
- un compte rendu de positionnement (niveau de départ, prérequis, éventuels allègements),
- un programme détaillé avec objectifs, durée, modalités et certification visée,
- un devis clair distinguant coût pédagogique et, le cas échéant, frais annexes.
Ce n'est pas de la paperasse gratuite : un dossier de positionnement solide est un argument de sélection. Les associations Transitions Pro arbitrent entre des projets, et un parcours bien calibré, réaliste, cohérent avec le marché de l'emploi visé, passe mieux qu'un catalogue standard collé tel quel. C'est aussi une bonne pratique que vous appliquez déjà pour la construction de vos parcours : ici, elle devient une pièce administrative.
Le montage du dossier et les délais à ne pas rater
Le salarié est le porteur du dossier, mais s'il n'est pas guidé, il se plante — et vous perdez la vente. Deux calendriers à connaître pour l'aider.
Côté employeur (autorisation d'absence). Le salarié doit demander une autorisation d'absence à son employeur :
- au moins 120 jours avant le début si la formation dure 6 mois ou plus (en une fois, à temps plein),
- au moins 60 jours avant si la formation dure moins de 6 mois, ou se déroule à temps partiel ou de façon fractionnée.
L'employeur répond dans un délai de 30 jours ; son silence vaut acceptation. Il ne peut pas refuser l'absence si les conditions sont remplies, mais il peut la reporter (jusqu'à 9 mois) pour des raisons de service dûment justifiées, ou selon des quotas d'absences simultanées dans l'entreprise.
Côté financeur (prise en charge). En parallèle, le salarié dépose sa demande de prise en charge auprès de l'association Transitions Pro de sa région, avec votre devis, votre programme et le positionnement. C'est l'ATpro qui décide du financement du coût pédagogique et de la rémunération.
Pour vous, la règle est simple : plus le dossier arrive tôt et complet, mieux c'est. Un stagiaire qui vous contacte trois semaines avant sa date d'entrée souhaitée n'a mathématiquement pas le temps. Intégrez ces délais dans votre discours commercial dès le premier échange.
La rémunération pendant la formation (pour rassurer le prospect)
Vous n'êtes pas concerné directement, mais savoir répondre lève un frein majeur côté apprenant. Pendant le PTP, le salaire est maintenu par l'association Transitions Pro selon un barème :
- si le salaire moyen de référence est inférieur ou égal à environ 2 fois le SMIC, la rémunération est maintenue à 100 % ;
- au-delà, elle est de 90 % pour la première année (ou les 1 200 premières heures), puis peut descendre à 60 % pour la suite, avec un plancher.
Les montants exacts (la valeur du plafond « 2 SMIC », le plancher) sont réévalués et fixés réglementairement : renvoyez toujours vers l'ATpro pour le chiffre à jour. Mais le message à faire passer est puissant : dans la majorité des cas, le salarié se reconvertit sans perte de revenu. C'est ce qui rend le PTP nettement plus attractif qu'une reconversion financée sur le seul CPF.
Une pile de dossiers à instruire : le PTP se gagne sur la qualité du montage administratif, pas seulement sur la formation. Photo : Kindel Media / Pexels.

Où le PTP se place dans votre offre de financement
Le PTP n'est pas votre seul levier, il est le bon levier pour un cas précis : un salarié qui veut changer de métier, sur un parcours long et certifiant. Positionnez-le à côté de vos autres voies :
- CPF : mobilisé seul par l'apprenant, adapté aux parcours plus courts ou en complément — voir notre article sur le CPF côté OF.
- OPCO / plan de développement des compétences : financement à l'initiative de l'employeur, pour monter en compétences sur le poste actuel — d'où l'intérêt de bien choisir et travailler ses OPCO.
- Bilan de compétences : souvent l'étape amont qui déclenche un PTP, à connaître pour orienter — voir le bilan de compétences côté OF.
- VAE : voie alternative de certification par l'expérience, à ne pas confondre avec le PTP — voir la VAE.
Le PTP est le seul de la liste qui combine reconversion complète + maintien du salaire + parcours certifiant long. C'est votre argument différenciant sur ce segment.
Le retour d'expérience de Maxime
Le PTP, je le vois comme un dispositif à « fort ticket » mais à cycle long : ne le vendez jamais comme un achat immédiat. La première fois, un formateur m'a raconté qu'il avait « perdu » un stagiaire motivé simplement parce qu'il l'avait laissé se débrouiller seul avec sa demande à Transitions Pro. Le gars s'est découragé au troisième formulaire. Depuis, mon conseil est toujours le même : construisez-vous un mini-kit d'accompagnement PTP — une check-list des pièces, un modèle de programme individualisé, un rappel des délais 120/60 jours, et le lien direct vers l'ATpro de la région. Vous ne signez pas la demande à sa place (c'est son dossier), mais vous devenez le prestataire qui rend le parcours simple. Sur des tickets à plusieurs milliers d'euros, cette petite ingénierie administrative fait la différence entre un prospect et une inscription.

À retenir
- Le PTP (ex-CIF) finance à un salarié une formation certifiante pour changer de métier, sur son temps de travail et avec maintien de la rémunération.
- Le financeur est l'association Transitions Pro (ATpro) de la région, pas l'OPCO ni le CPF seul.
- Votre formation doit viser une certification enregistrée (RNCP en priorité) ; sinon, adossez-vous à un certificateur.
- Vous devez réaliser un positionnement préalable (programme + devis individualisés) et aider le stagiaire à respecter les délais (120 ou 60 jours avant l'entrée).
Questions fréquentes
Sources officielles
- Service-Public.fr — Projet de transition professionnelle (PTP)
- Ministère du Travail — Le projet de transition professionnelle
- Transitions Pro — Réseau des associations Transitions Pro (ATpro)
À lire aussi
- Le CPF (Compte Personnel de Formation) : comment ça marche côté OF
- OPCO, CPF ou financement direct : les 3 voies de financement de vos formations
- Le bilan de compétences : cadre, financement et opportunité pour un OF
- Le RNCP : comprendre le Répertoire National des Certifications Professionnelles
Vous gérez des dossiers PTP, OPCO et CPF avec des financeurs, des délais et des pièces différents à chaque fois ? Centralisez le suivi de vos sessions et de vos financements avec Formiva pour ne plus rien laisser passer.
Prêt à lancer ou structurer votre organisme de formation ?
Formiva centralise la gestion de vos cours, sessions, apprenants, documents et conformité Qualiopi.
Essayer Formiva gratuitement